Loi Elan, s’agiter ou agir ?

Loi Elan, s’agiter ou agir ?

La réglementation énergétique alimente les débats quant à son application.

Normal, une loi dit ce qu’il faut faire et non comment le faire.

Une fois celle-ci promulguée, avec son arsenal de contraintes, la seule manière de faire bouger les lignes dans un délai raisonnable, reste le « comment faire ».

L’avenir ne peut pas s’affranchir de l’expérience acquise.

Que dit le passé ?

La Passiv Haut est un standard international, élaboré en 1988 par Wolfgang Feist du « Wohnen und Umwelt » Institut (habitat et environnement), devenu Passivhauss Institut à Darmstadt. Il définit un habitat neutre en carbone. Pour l’époque et avant de parier sur les constructions positives, la proposition était innovatrice et ambitieuse.

Destinée au résidentiel individuel et collectif et au non-résidentiel, elle combinait l’objectif d’une très faible consommation énergétique couplée à une température ambiante physiologiquement agréable : 15 kWh/m²/an en chauffage pour un besoin total ≤ 50 kWh/m²/an, chauffage (obligatoirement géo-apport), ECS et électricité tout compris consommée pour l’ensemble des besoins domestiques.  Une exigence supérieure au pas si ancien concept BBC.

Les premières réalisations d’ampleur ont eu lieu à Fribourg dans les années 1990. En 2009, on dénombrait 14 000 bâtiments en Europe dont 1500 en France.

Quelles solutions déployées ? Quel constats ? Quelles difficultés ?

La réduction des déperditions par transmission et infiltration grâce à un coefficient U de transmission thermique des parois extérieures < à 0,15 W/m²K et < 0,10 W/m²K pour les maisons individuelles passe par l’isolation du bâti, intérieure comme extérieure cumulant les 300 mm d’épaisseur. Mais, comme elles devaient épouser les formes architecturales, de telles épaisseurs d’isolation créaient des ponts thermiques entre aboutements difficiles à bien réaliser. Associant structure et isolant, les cloisons sont devenues autoporteuses donc leur épaisseur a pu être réduite (gain de surfaces utiles).

Huisseries-fenêtres : un Uw de transmission thermique < 0,8 W/m²K nécessitant un triple vitrage systématique. Des grandes surfaces vitrées pour augmenter l’apport solaire (et donc l’orientation du bâtiment a bien étudier ainsi que le positionnement des huisseries) exigeant systématiquement des stores.

Eviter les surchauffes en intersaison : condamnation des solutions de chauffage à inertie, ventilation (y compris pour un habitat sain et récupération : vmc multi-flux), primauté des « vraies » ENr, puits canadien, géothermie-géofondation, énergies fatales et métaboliques.

Préfabrication du bâti : la qualité doit être augmentée car en l’état insuffisante pour les performances attendues.

Et l’argent ?

L’augmentation de 10% du coût de l’intégré à l’ouvrage est compensée par une diminution des temps et des coûts de main d’œuvre par la mécanisation du montage, et une minimisation des compétences nécessaires.

Par rapport à un bâtiment sans contrainte énergétique, au surcoût initial de 12 %, réduit à 5% (expérience et volumes croissant), un TRI inférieur à 5 ans : c’est peu par rapport au cycle de vie usuel d’un bâtiment.

Certes la donne vient de se durcir et exigera de perfectionner les solutions actuelles : voilà ce que l’expérience nous apprend, avec le pragmatisme de l’action qui sied au monde du bâtiment.