Le bâtiment demande un report de six mois de la nouvelle norme environnementale

La fédération française du bâtiment juge irréaliste la nouvelle norme environnementale du neuf, la RE 2020, qui doit entrer en vigueur en juillet 2021. Le secteur demande son report d’au moins six mois, le temps de réaliser des études de son impact économique. Malgré un rebond, la construction de logements ne retrouvera pas l’an prochain son niveau de 2019.

Le bâtiment demande un report de six mois de la nouvelle norme environnementale | Les Echos

2021 doit être l’année du « verdissement » des logements neufs avec l’entrée en vigueur en juillet de la nouvelle norme environnementale RE 2020. Du moins si celle-ci voit le jour dans les délais impartis. Car ça coince dans le secteur du bâtiment. Ses modalités avaient été dévoilées par le gouvernement fin novembre et le conseil supérieur de la construction devait tenir une réunion décisive jeudi 17 décembre pour se prononcer sur les projets de textes. Il y a renoncé, reportant sa réunion au douze janvier.

« Le secteur veut lui aussi aller vers le bas carbone, mais les modalités de la RE 2020 ont été annoncées sans concertation, sans étude d’impact, les textes sont très complexes à analyser et on ne cerne pas leurs conséquences », dénonce le président de la fédération française du bâtiment (FFB), Olivier Salleron. Pour lui,  la RE 2020 doit être reportée d’au moins 6 mois, le temps de faire des études d’impact économique sur les filières bois, béton, gaz et électricité .

Rythme intenable

La nouvelle norme régira la consommation énergétique d’un bâtiment neuf (-30 % par rapport à l’actuelle norme thermique RT2012), mais aussi ses émissions carbone, dues aux matériaux et techniques de construction comme à son usage une fois livré (chauffage, etc.). « L’objectif affiché par la RE 2020 de passer de 8 % de constructions en bois pour les logements actuellement à 100 % en 2030 est irréaliste », souligne le patron de la FFB. « Sur le fond et sur le rythme de mise en oeuvre, la RE 2020 est intenable », renchérit Grégory Monod, le président du pôle Habitat de l’organisation professionnelle qui fédère les constructeurs de maisons individuelles. Dès 2021, les maisons devront répondre à des seuils d’émissions carbone particulièrement bas tandis que le logement collectif a jusqu’en 2024 pour s’adapter.

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Même si la FFB obtient un report, le bâtiment sait que ce n’est que partie remise. Il a enclenché ces dernières années sa mutation vers le bas carbone. 2021 sera donc bien l’année d’évolutions spectaculaires. Une norme est attendue en France mi-2021 pour autoriser la vente d’une nouvelle génération de ciment vert, dont la fabrication génère 30 % à 50 % d’émissions de CO2 de moins que le ciment traditionnel. Tous les pays d’Europe se sont concertés pour sortir la même norme nationale.

Evolutions spectaculaires

Grillant la politesse aux géants LafargeHolcim et Heidelberg, par une astuce juridique (un brevet), le cimentier Cementir vient d’annoncer qu’il vendrait dès le premier janvier sa version de ce nouveau ciment, baptisé « FutureCem » et affichant -30 % de bilan carbone. « Le fait de déposer un brevet pour un ciment dont la composition était prévue par la norme est franchement limite, depuis quand peut-on breveter ce qui est connu ! ? », s’amuse un expert européen. L’affaire a suscité une tempête dans un seau de ciment mais, au final, peu importe qui est le premier, tous les cimentiers seront présents sur le créneau dès la mise sur le marché autorisée. Il est stratégique afin de respecter les seuils carbone de la RE 2020.

De la même façon, les majors des matériaux comme Saint-Gobain et celles du BTP font assaut d’engagements décarbonés. Pas tant pour célébrer les cinq ans de l’Accord de Paris que pour gérer le durcissement de la réglementation et répondre, aussi, aux demandes des investisseurs.

Conjoncture difficile

Le tournant du bas carbone va devoir être négocié sur fond de crise. La FFB estime la chute d’activité à 15 % cette année et ne prévoit qu’un rebond de 11 % l’an prochain. Pas assez pour retrouver le niveau de 2019. En cause : pas le marché de la rénovation (55 % de l’activité du bâtiment), qui résiste, mais la construction neuve. L’an prochain, le neuf restera en recul par rapport à la situation d’avant crise sanitaire, d’environ 11 % pour les logements et de 14 % pour l’immobilier tertiaire.

Les mises en chantier sont même appelées à baisser à nouveau à partir de 2022, car elles résultent des octrois de permis de construire de l’année précédente. Or « nous prévoyons une nouvelle baisse de 9 % des permis de nouveaux logements l’an prochain », indique Olivier Salleron. « L’attentisme continue : les projets sont totalement gelés, des quartiers entiers sont stoppés pour étude d’impact par les maires écologistes », poursuit-il.

Perte d’emplois en 2021

Cette année, malgré la baisse d’activité la casse sociale a été contenue, grâce au régime d’activité partielle. La perte nette d’emplois est « limitée à 0,8 %, soit 10.000 postes de moins, uniquement dans l’intérim », note la FFB qui anticipe en 2021 un nouveau repli de l’emploi « avec un solde net d’environ -4,1 %, soit -50.000 postes ».

La fédération réclame donc aux pouvoirs publics trois mesures de relance : un crédit d’impôt d’aide à l’accession à la propriété dans le neuf, une majoration de ce crédit d’impôt pour compenser le surcoût de prix des logements que va engendrer la RE 2020, et un soutien à la construction de HLM.

https://www.lesechos.fr/industrie-services/immobilier-btp/le-batiment-demande-un-report-de-six-mois-de-la-nouvelle-norme-environnementale-1274161