David Abittan, redacteur en chef de tema.archi

Réunis pour l’annonce du palmarès de la sixième édition des Trophées Eiffel, organisés par Construir acier, les acteurs de l’architecture et de l’ingénierie employant le matériau acier dans leur construction se sont retrouvés à guichet restreint ce mardi 6 octobre au soir dans le salon Gustave Eiffel de la Tour Eiffel, heureux d’emprunter les ascenseurs de la Dame de fer pour un événement tout à son honneur.

La magie des lieux participait à dérider, derrière les masques, la petite centaine de sourires – contre 450 participants habituellement – et inspirait Michel Julien Vauzelle, président de Construir acier, qui évoquait alors le bio mimétisme de la tour d’acier dont la structure s’inspire de celle d’un fémur humain.

Le jury, composé d’architectes, d’ingénieurs et de journalistes, était présidé cette année par Francis Soler, Grand Prix national de l’architecture, Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres, chevalier de l’Ordre national de la légion d’honneur et chevalier de l’Ordre du mérite, architecte qui magnifie l’acier au ministère de la Culture et de la communication, au centre de développement et de recherche d’EDF à Saclay, comme dans des opérations de logements à Auteuil ou à Paris dernièrement.

Les choix du jury étaient avant tout motivés par le souhait de valoriser l’utilisation du matériau acier dans la construction. « Les projets lauréats valorisent la diversité des échelles et des expressions, explique Francis Soler. Nous avons analysé les projets séparément mais aussi les uns en relation avec les autres afin d’offrir un palmarès cohérent et homogène. »

Le palmarès a ainsi distingué 10 réalisations remarquables, dans autant de catégories. Parmi elles, le terminal T1 de l’aéroport de Lyon-Saint Exupéry de Rogers Stirk Harbour + Partners, qui a séduit par l’efficacité de la structure employant des profils du commerce, la passerelle de l’Aiguille Rouge de SG architecte qui côtoie les sommets, l’hippodrome de Paris Longchamp de Dominique Perrault Architecture dont la structure en encorbellement impressionne,  le lycée Léonard de Vinci de Saint-Germain-en-Laye de Tank et Cosa Architectes, la halle multifonctionnelle Le forum qui revitalise le centre bourg de la commune de Soultz-Sous-Forêts par RHB Architectes, mais aussi des bureaux, comme l’entrepôt BT6 à Bègles reconvertit par les agences Nadau Architecture / Faye Architectes et Associés ou un immeuble de logements, à l’image de la Villa Rohan à Bordeaux réhabilité par l’atelier Cambium.

Deux catégories nouvellement créées, récompensaient pour l’une l’innovation avec le projet Superpausée de Vous Architecture, pour l’autre les prouesses à l’international avec l’Aquarium national du Danemark de 3XN. Le jury a enfin créé la catégorie Restructuration, afin d’y mettre à l’honneur le projet du Carré Michelet à La Défense des architectes Cro&Co Architecture associé à Architecture & Environnement.

La cérémonie de remise des prix s’est achevée sur l’ouverture des inscriptions à la 7e édition des Trophées Eiffel, dès ce 7 octobre 2020.

Président du Jury : Francis Soler, architecte

Avec : 

Jacques Sebbag, architecte, archi5
Olivier Leclercq, architecte, vice-président de la maison d’architecture, Île-de-France
Mitsu Edwards, ingénieure directrice adjointe, Eckersley O’Callaghan
Amélie Luquain, journaliste , Le Moniteur
Nadège Mével, rédactrice en chef EXE
Gilles Davoine, rédacteur en chef de AMC
Christophe Leray, rédacteur en chef de Chroniques d’architecture

David Abittan, redacteur en chef de tema.archi

Démocratisée dans l’industrie automobile, la méthode managériale « Lean » est expérimentée en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans sa déclinaison « construction », par un petit groupe d’entreprises. Quid de cette nouvelle méthode ?

Inventé par Toyota pour le secteur de l’industrie, le Lean Management se décline depuis 2018 en mode « construction » sous l’impulsion de la Fédération française du bâtiment. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les premières formations viennent d’être lancées par la Fédération régionale du bâtiment via l’Institut de formation et de recherche du BTP Paca et Delta Partners. Pour l’heure, sept entreprises-pilotes de la région, se sont lancées dans l’aventure sous la houlette de la Fédération du bâtiment et des travaux publics des Alpes-de-Haute-Provence.

Le « Lean », traduisez « maigre », basée sur la rationalisation des tâches et l’introduction de méthodologie là où l’intuition et l’improvisation pourraient dominer, promet 8 points de marge pour l’entreprise, soit près de 7% de bénéfices annuels et moins de fatigue pour les salariés. En d’autres termes, les entreprises vont apprendre en seulement quelques mois à rationaliser leur organisation, que ce soit dans les bureaux, les entrepôts ou sur les chantiers, pour que chaque geste soit productif. « Cette démarche fait appel à des notions et des pratiques de bons sens », assure Clément Dubois, patron de l’entreprise Dubois Etanchéité et chef de file de la section développement des compétences pour la FRB Paca qui souhaite montrer l’exemple en tentant l’expérience. En pratique, après un audit de deux jours mené par Delta Partners, qui va mettre en lumière les difficultés, le chef d’entreprise et les salariés vont apprendre à changer leur mode de fonctionnement en suivant notamment la règle des 5S : « Seiri, Seiton, Seiso, Seiketsu, Shitsuke », soit en français « débarrasser, ranger, nettoyer, standardiser et discipliner ».

Le Lean Management in vivo

« Lors de l’audit, nous nous sommes rendus compte que nos salariés passaient près de 40% de leur temps à marcher. Nous avons compris qu’il fallait rationaliser les déplacements en optimisant les rangements dans l’entrepôt », admet Clément Dubois. Il poursuit : « Pour les devis aux particuliers, dont près de 70% étaient mis au rebu, l’analyse a mis en évidence que nous embauchions une personne à plein temps sur un an pour des devis qui n’aboutissaient pas forcement. Nous allons donc changer notre façon d’entrer en contact avec eux », analyse Clément Dubois. Pour la chasse au gaspillage, qui est l’un des points clé de la méthode, les équipes ont cherché à simplifier et à améliorer la planification. « Il arrivait qu’au démarrage du chantier les ouvriers aient besoin de passer chez le vendeur de matériaux ou qu’ils prennent deux marteaux piqueurs car il n’étaient pas sûrs que le premier fonctionne bien. Nous allons donc créer un espace de rangement précis pour mieux connaître notre stock avant de partir sur les chantiers et installer un atelier de réparation du matériel », réalise a posteriori le chef d’entreprise.

95% de la formation sont pris en charge par Constructys

D’ici quelques semaines, l’entreprise Dubois, qui compte 12 salariés, aura instauré de nouvelles règles de management pour une dizaine de milliers d’euros dont 95% sont pris en charge par l’Organisme paritaire collecteur agréé (OPCA) Constructys. « L’investissement peut paraître important mais la fédération s’est bien battue pour que nous puissions tenter l’expérience. Le reste à charge n’est pas insurmontable et il en va du confort des salariés via un flux de production plus serein et adapté », admet Clément Dubois. Au total, la formation pour l’ensemble du personnel dure sept jours sur une période de six à sept mois, soit un jour de formation/mois/salarié.

https://www.tpbm-presse.com/lean-construction-une-nouvelle-formule-de-management-pour-les-entreprises-du-btp-3928.html

Avec une baisse du nombre d’offres d’emploi de « seulement » 25%, contre 32% tous secteurs confondus, le BTP fait de la résistance. Sur le site d’emploi Indeed, le secteur représente cette année près de 9% des offres, contre 7% seulement l’an dernier. La construction gagne donc de la place, en proportion.

Problème : le nombre de candidats, rebutés par les conditions d’exercice de ces métiers, ne suit pas. Confirmation d’Alexandre Judes, économiste chez Indeed : « Il y a clairement une pénurie de candidats sur les métiers du BTP, qui sont des métiers très divers, maçon, chef de chantier, électro-technicien, électricien du bâtiment, plaquiste, poseur, plombier, menuisier, chaudronnier… mais il y a partout sur le secteur une très forte pénurie de candidats. »

Le poste de maçon est le plus fréquemment demandé sur le site, suivi par plaquiste, carreleur et chaudronnier. Tous des métiers très techniques. Pourquoi le BTP ne ralentit-il pas ? Alexandre Judes répond : « On est sur des projets de long terme. Donc quand vous avez des chantiers qui sont ouverts en dépit de la crise sanitaire, ils continuent. Tous les chantiers pendant la crise sanitaire étaient des chantiers qui étaient ouverts depuis longtemps, des chantiers déjà prévus. Il n’y a pas eu vraiment de projets qui ont été annulés ».

Les chantiers de rénovation vont être nombreux

Autre poste très demandé sur Indeed, celui de chef de chantier. C’est le deuxième intitulé de poste sur le site. Idem pour les ingénieurs en travaux publics, très demandés. Le BTP et la construction offrent par ailleurs de belles possibilités d’évolution, portés par un avenir très positif pour l’emploi. « Pour 2021 et au-delà, il y a vraiment un avenir puisqu’on a un problème structurel de logements en France, donc il faudra construire des logements. Il y a aussi la problématique énergétique et le bâtiment est au coeur de tout ce qui est rénovation et durabilité des bâtiments, donc il y aura énormément de chantiers de rénovation dans les années qui viennent. C’est clairement un secteur d’avenir » dit Alexandre Jules.

Si les salaires restent modestes pour les métiers les plus techniques, ils sont tirés vers le haut par la pénurie de compétences pour les postes d’encadrants. Un chef de chantier peut espérer 60 000 euros par mois. Un bon investissement pour des jeunes en mal d’orientation professionnelle d’autant que l’on peut travailler partout, y compris à l’étranger.

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/c-est-mon-boulot/ces-metiers-qui-recrutent-malgre-la-crise-le-batiment_4220263.html

OPINION. En avance sur le plan de relance verte du gouvernement, la réglementation environnementale (RE) 2020 pose les bases d’une transformation nécessaire des pratiques dans la construction. Parce qu’elle remet en cause la place des énergies fossiles, la nouvelle réglementation dérange certains acteurs, qui dénoncent une imposture « tout électrique ». La RE 2020 n’a pourtant pour autre ambition que celle de faire émerger une filière plus résiliente et respectueuse de l’environnement. (*) Par Olivier Durin, rédacteur en chef du site « Le Monde de l’énergie ».

C’est une révolution attendue de longue date : après plusieurs reports, la réglementation environnementale 2020, plus connue sous le nom de RE 2020, devrait prendre effet en juillet 2021. Fruit d’une réflexion collective menée par les acteurs de la filière construction et le gouvernement, le nouveau texte de référence nourrit d’immenses espoirs, alors que le changement climatique nous rappelle chaque jour qu’il est temps d’agir.

En France, le bâtiment pèse très lourd dans la balance carbone. À lui seul, il représente près de la moitié (45 %) de l’énergie consommée et 30% des émissions de gaz à effet de serre. Pour atteindre les objectifs environnementaux fixés par l’accord de Paris, le secteur doit, comme celui des transports et de l’industrie, impérativement se réformer. Les choix que nous ferons seront déterminants pour l’avenir : une construction sortie de terre aujourd’hui aura un impact énergétique et environnemental durant les 50 prochaines années. Pour placer le bâtiment dans une trajectoire de sobriété, il était urgent de repenser nos modes de construction ainsi que nos usages énergétiques pour des logements plus durables et plus confortables. Ce changement de paradigme a donné naissance à la RE 2020.

Cette dernière va au-delà des simples considérations thermiques et énergétiques, telles que retenues dans les précédentes réglementations. Elle considère le bâtiment dans tout son cycle de vie, et prend en compte l’indispensable critère carbone. Une dimension totalement absente de la RT 2012 en vigueur aujourd’hui. D’où l’évolution de sémantique : il n’est plus simplement question d’une réglementation « thermique », mais bien d’une réglementation « environnementale ».

Comme c’est généralement le cas de toute innovation, la RE 2020 a suscité bon nombre de résistances et de controverses. Quoi de plus normal, après tout, tant elle remet en cause les pratiques en vigueur, celles-là même qui ont fait du bâtiment un des secteurs les plus polluants à ce jour. En cause, notamment, l’utilisation d’énergies fossiles (gaz et fioul) pour la fabrication des matériaux et surtout l’alimentation des systèmes de chauffage, qui mobilise plus de 80 % des émissions de CO2 des bâtiments résidentiels et tertiaires.

L’adaptation à l’urgence climatique, la véritable ambition de la RE 2020

Se sentant menacées, certaines voix s’élèvent et tentent de peser de tout leur poids pour freiner une dynamique bel et bien engagée. Et de dénoncer l’électrification à tout va du bâtiment. Car l’un des bénéficiaires notoires de la RE 2020 n’est autre que l’électricité, largement décarbonée en France. L’explication est alors toute trouvée : c’est un coup du vilain lobby du nucléaire, qui veut assurer son avenir.

Emprunter ces « lunettes » revient à complètement passer à côté de la véritable ambition de cette réglementation, qui pourrait faire de l’Hexagone un des pays les plus avancés en matière de modes de construction durables. Après le Royaume-Uni peut-être, qui a tout bonnement interdit le gaz dans les logements neufs à partir de 2025. Rappelons donc que la RE 2020 priorise aussi l’emploi de matériaux bio-sourcés, le recours au bois, aux réseaux de chaleur et à l’électricité renouvelable et décarbonée, la mise en place de techniques d’isolation performantes et de systèmes de récupération et de stockage d’énergie, etc. Elle répond à la problématique de réchauffement climatique, en mettant au premier plan le concept de confort d’été, pour éviter la surchauffe des logements en périodes de canicule.

Au-delà des querelles de clocher et des combats idéologiques, ne perdons pas non plus de vue que l’instauration de la RE 2020 va aussi de pair avec un effort global d’efficacité énergétique. Une préoccupation partagée par les entreprises comme les citoyens. Un nombre croissant d’outils est désormais à la portée de tous, pour une meilleure maîtrise des consommations d’énergie. Citons par exemple les systèmes de chauffage/climatisation performants de type pompes à chaleur, les compteurs intelligents, les offres d’autoconsommation individuelles et collectives ou encore les contrats de performance énergétique. C’est en combinant la RE 2020 à ces usages innovants que des progrès tangibles pourront être obtenus et que nous serons au rendez-vous des objectifs climatiques que nous nous sommes engagés à atteindre.